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 Jehan Alain 

Né le 3 février 1911, à Saint-Germain-en-Laye, Jehan-Ariste Alain est le fils aîné d'Albert et de Magdeleine Alain. Son père lui apprend très tôt la musique puisqu'il est lui-même organiste (à Saint-Germain-en-laye et Maisons-Laffitte) et compositeur (469 n° d'opus). Albert Alain a suivi les classes du Conservatoire National de Musique de Paris et il est bien connu dans le milieu de la musique d'Eglise comme compositeur de cantiques, de motets et de messes. Sa grande originalité est la construction d'un orgue de salon, à partir de 1910, prévu à l'origine pour 12 jeux, mais s'agrandissant sans cesse, jusqu'à compter 42 jeux sur 4 claviers en 1960. Facteur d'orgues artisanal et solitaire, Albert Alain innove sur le plan esthétique en créant un instrument néoclassique dès 1910. Pédagogue remarquable, il fit de ses quatre enfants, Jehan, Marie-Odile, Olivier et Marie-Claire des musiciens de haut niveau.

Jehan Alain pose ses mains sur toutes sortes de claviers dès la plus tendre enfance et son père, ravi de constater ses dons musicaux, le pousse dans la voie de la musique. Jehan est un enfant très turbulent, casse-cou, acrobate, mais aussi rêveur, dessinateur, poète : doué pour de nombreuses formes d'expression, il est un remarquable épistolier et un caricaturiste féroce. Il arrête ses études secondaires à l'âge de 16 ans pour se consacrer à la musique, sous la direction de son père, d'abord, en pratiquant l'orgue liturgique, en travaillent beaucoup le piano, puis au Conservatoire à partir de 1929. Il suit la classe d'harmonie d'André Bloch, la classe de fugue et contrepoint de Georges Caussade, la classe de composition de Paul Dukas, puis de Roger-Ducasse, enfin la classe de d'orgue de Marcel Dupré. Premier prix d’harmonie et de fugue en 1933, il obtient le premier prix d’orgue en 1939.

Dès 1929, il compose des œuvres originales : de nombreuses pièces pour piano, le Postlude pour l'office de Complies, la Berceuse sur deux notes qui cornent. En 1930 et 1931 suivent d'autres œuvres pour clavier, le motet O quam suavis est et, en 1933, la Première Fantaisie pour orgue.

Outre l'orgue paternel et le grand Cavaillé-Coll de la paroisse de Saint-Germain en Laye, Jehan est marqué par deux autres instruments qu'il joue beaucoup. Celui de l'abbaye de Valloires, dans la Somme, que son père fit reparler et qui l'enchantait par ses jeux anciens et celui de Saint-Ferjeux de Besançon, construit par Ghys à la fin du 19è siècle, qui bénéficiait d'une acoustique remarquable. Jehan donne ses premiers grands concerts publics sur cet instrument.

Ses études sont brutalement interrompues par le service militaire qu'il effectue pendant une année entière, à Nancy. Il y tombe malade, mais concourt quand même pour le prix de composition du Conservatoire où il présente l'Intermezzo pour deux pianos et basson qui ne remporte pas les suffrages. A l'automne 1934, il écrit le Jardin suspendu pour orgue.

En 1935, Jehan Alain épouse une amie d'enfance, Madeleine, qui lui donnera trois enfants : Lise en 1936, Agnès en 1938 et Denis en 1939. Il doit alors gagner sa vie tout en continuant le Conservatoire, il assure beaucoup de services liturgiques, en particulier à la synagogue de la rue Notre-Dame de Nazareth à Paris. En 1936, il devient organiste de Maisons-Laffitte.

Les chefs-d’œuvre apparaissent en 1936 et 1937 : la Suite pour orgue, couronnée par le prix des Amis de l'orgue en 1936, la Vocalise dorienne, les Variations sur un thème de Clément Jannequin, les Litanies, la 2è des Trois Danses, à laquelle il ajoute le sous-titre de Danse funèbre pour honorer une mémoire héroïque, à la suite de l'accident de montagne qui coûte la vie à sa sœur Marie-Odile, en 1937. Les Trois Danses sont achevées en 1938 et Jehan compose l'Aria pour orgue et la Messe modale.

Mobilisé dès la déclaration de guerre en septembre 1939, Jehan vit la « drôle de guerre » en cantonnement dans l'Aisne puis en Thiérache. Il fait preuve de qualités d'animateur exceptionnelles, créant une chorale (les Petits chanteurs à la grosse voix), organisant des spectacles, tout en étant astreint aux tâches pénibles du simple « 2è classe ». Il ne revient en permission qu'à trois courtes reprises, entre septembre 1939 et juin 1940. Il participe aux combats de mai et juin 40, connaît l'enfer de Dunkerque, puis, de retour en France, s'agrège à un groupe franc qui continue le combat sur la Loire. A Saumur, le 20 juin 1940, il tombe sous les balles allemandes, deux jours avant l'entrée en vigueur de l'Armistice.

Aurélie Decourt
Nièce de Jehan Alain
Décembre 2003